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31/01/2010

Angoulême au cœur des contradictions du 9e art

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«C’est vraiment formidable!» Tout Ministre de la Culture qu’il soit, Frédéric Mitterrand n’a pas échappé aux banalités d’usage sur «Tintin et Spirou» pour dire tout son amour de la BD en visite aujourd'hui à Angoulême. Loin des clichés, la 37e édition du Festival International de la BD a, elle, révélé le visage de Janus du 9e art. Le Grand Prix de la Ville d’Angoulême est ainsi décerné à Baru qui, dans la grande tradition des auteurs de BD exigeants, se frotte à des sujets difficiles et à la recherche graphique. Aux antipodes de ce Grand Prix, le jury récompense l’humour potache de Riad Sattouf, avec le prix du meilleur album pour le troisième tome de Pascal. «Tout ça, c’est de la BD», commentait Blutch, alors président du festival pour quelques heures encore.

Ce grand écart est le cœur même du festival d’Angoulême qui, à nouveau cette année, a concilié succès populaire et exigence artistique. Parmi les nombreux visiteurs de passage sur les quatre jours, un bon nombre a ainsi acclamé, dans une cohue indescriptible… Alexandre Astier, le créateur et acteur de «Kamelott» venu signer une BD tirée de sa série télé. Les mêmes festivaliers qui se bousculaient pour une casquette en carton des Tuniques Bleues se sont pressés à l’expo Blutch, somptueuse preuve que la BD, quand elle est maîtrisée, est un art d’une force évocatrice bouleversante qui synthétise des siècles d‘histoire du dessin, de Rembrandt à Dali.

Le directeur artistique du festival, Benoît Mouchard, nous racontait pourtant que lors d’une réunion pour travailler à une expo, le directeur d’un grand musée parisien s’était exclamé : «J’adore la sous-culture!» Sans penser à mal sans doute. Marc-Antoine Mathieu, lauréat du prix de la critique pour Dieu en personne, préfère s’en amuser. Il estime «qu’à avoir été tellement dénigré, le monde de la BD a gagné en force et en classe. Les auteurs ont développé une inventivité et une énergie que les autres arts ont perdues.» Le mot de la fin revenant à un Frédéric Mitterrand décidément très inspiré : «Vive la BD!»

 

A Angoulême, Benjamin Chapon

29/01/2010

Blutch, le 10ème art

IMG_0089.JPGVisite de l'exposition Blutch, dédiée au Président du Festival cette année. Une exposition pour laquelle il a eu carte blanche, tant au niveau du choix des originaux que de l'accrochage. Et le parti pris est là : dès l'entrée un texte d'introduction de l'auteur précise qu'on n'y trouvera pas de planches de BD. En plein Festival d'Angoulême c'est osé. Blutch, qui ne se revendique pas plasticien et n'a pas envisagé une seconde une logique de rétrospective propose au contraire des "dessins hors case", des explorations, fruit de ses recherches, de ses questionnements. Pas de plus de cartels explicatifs (date, technique) que de planches. Pas d'histoire, pas de logique chronologique. Selon les termes de l'auteur même, cet accrochage un peu sauvage est une expérience scientifique, pour voir si ces dessins "tiennent debout tout seul".

Alors forcément, le premier a priori est d'être méfiant. Fausse modestie mal placée d'un scribouilleur se prenant pour un grand artiste ? En un sens oui. Mais la méfiance est injustifiée, et force est de constater qu'au regard du talent, la démarche est sincère. On peut le rassurer : non seulement ses dessins "tiennent debout", mais j'ai même entendu des visiteurs dirent qu'ils ne feraient pas tâche à Beaubourg.

AutBlutch2_02022008_005411.jpgBlutch nous livre ici une visite assez fascinante, loin des canons de la BD, lui qui a toujours dénoncé "Le piège de la facilité". Blutch est un cas unique, ou presque. De ces (très rares) dessinateurs qui se réinventent à chaque livre, et qui explorent des mondes intérieurs. La dimension très psychanalitique des dessins en est la preuve. Ce qui lui plait, c'est le mystère et la liberté. La BD trop explicite l'ennuie. Et tant pis s'il n'est pas "bankable", et n'a vendu au maximum que 10 000 exemplaires de ses meilleurs albums (exception faite de la suite du Petit Christian, primée l'an passé) . De toute façon les éditeurs le courtisent, alors que de ses propres termes : "je suis un mauvais coup".

 

03:04 Publié dans expos | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : blutch

 
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